Assis au milieu de la route,
Je ne bouges pas,
La voiture s'arrête.
Qu'elle est belle!
Elle est toute noire!
Elle n'a pas de toit!
Il y écrit Porsche devant!
L'homme d'Occident sort de son carosse sans toit,
Et s'assied en face de moi.
Il me regarde.
Seraient-ce mes vêtements en guenille qu'il regarde?
Seraient-ce les cicatrices visibles sur ma peau qu'il regarde?
Je ne sais pas.
Toujours est-il que cet homme m'a demandé ce que j'avais.
En m'appelant "petit".
Je fonds en larmes...
Je lui éclate à la figure,
Si fort qu'une grenade aurait toute seule remis sa goupille.
Il y a que je ne veux pas que tu m'appelles "petit".
Je n'ai pas même vingt ans,
Mais je peux te jurer que j'ai plus vécu que toi.
Il y a que mes chaussures sont des bouteilles aplaties.
Il y a que je suis malade,
Et que je n'ai pas droit à être soigné.
Il y a que j'ai froid et que je n'ai rien pour me couvrir.
Il y a que j'ai faim,
Mais je ne mangerai que demain.
Il y a que pendant que toi tu roules en voiture,
Moi je cire des chaussures,
Pour essayer de manger ce soir.
Il y a que malheureusement je sais mieux définir le mot "misère" que toi.
Il y a que demain ne sera pas un nouveau jour pour moi.
Il y a que je ne sais même pas où je dormirai ce soir.
Il y a que je suis pauvre et que je le resterai.
Il y a que tous les jours c'est la même galère!
Après ça il m'a regardé,
Il paraissait étonné,
Voire choqué.
Puis il m'a pris par la main,
Il m'a regardé droit dans les yeux,
Et m'a demandé qui j'étais.
Je suis un gamin de la rue,
Que l'on soit d'Asie, d'Afrique ou des pays d'Orient,
On est tous pareils,
On marche,
On mendie,
On regarde le ciel,
En espérant qu'il va nous sortir de cet Enfer,
On regarde le ciel,
Et on craint la nuit,
De ne pas revoir le Soleil.
On rêve, on rêve,
C'est peut-être bien le seul droit que l'on a,
A part celui de respirer,
Mais parfois on aimerait mettre fin à nos jours.
Que l'on soit d'Asie, d'Afrique ou des pays d'Orient,
On est tous en guenilles,
Pieds nus,
Et dans la même galère.
On peut même pas se payer le luxe d'un HLM!
De toute façon à quoi ça sert,
Que je déverse des larmes devant toi,
Et que j'te raconte ma vie et les souffrances de mon coeur,
A toi, homme d'Occident,
Qui me tournera le dos et t'en iras,
Avec ta belle voiture?
Mais puisque j'ai l'occasion d'parler,
Je vais te demander de retenir cela,
Que l'on soit d'Asie, d'Afrique ou des pays d'Orient,
Nous, les gamins, on est tous pareils,
On connaît très bien la réalité,
La réalité est très dure,
La vie est parfois pour nous un fardeau,
Les regards que nous envoient les passants,
Sont aussi douloureux que la guillotine.
Vivre dans la rue,
On s'y fait pas.
On est les gamins de la rue,
Et on est tous dans la même merde!
